![]() Charles Binamé | Cinéaste |
Sur la route entre Jérusalem-Est et Ramallah, un checkpoint, Kalandia, tue des milliers de Palestiniens à petit feu. À Durban, en Afrique du Sud, une fillette dessine un sexe, au feutre noir, sur un ourson bleu tout neuf. À Washington, Rebiya, une réfugiée ouïghoure, fait face à un impossible dilemme : choisir entre le combat d’une vie et l’amour pour ses enfants. Pourtant aujourd’hui, je voudrais vous parler du bonheur que je ressens de répondre à cette invitation de l’équipe du Festival de films sur les droits de la personne de Montréal. |
Cette invitation
me rappelle à moi-même, à ma responsabilité de vigile, oui, mais surtout, si j’y regarde de plus
près, elle m’apporte quelques bonnes nouvelles du monde. Habituellement, à l’évocation des
Droits de la personne ou à celle d’un Festival de films qui en est la vitrine, nous sommes pour la
plupart d’entre nous, envahis de ces sentiments sombres quant à cette partie-là, moins noble, de
notre condition humaine. Or, ce à quoi je voudrais vous inviter plus précisément, en ce cinquième anniversaire du FFDP M, c’est que, tout en prenant fait et cause de l’importance ou de la gravité des événements sur lesquels les cinéastes nous interpellent, vous puissiez également vous attarder à cet autre côté de la médaille : l’ironie c’est que le malheur, l’injustice, les exactions font naître chez certains qui en sont les témoins, les aspects les plus fraternels, les plus altruistes, les plus passionnés qui soient. Vous ne connaissez ni Neta Efrony, une Israélienne, qui documente depuis six ans, les débordements de Kalandia, ni Mildred qui fait partie du groupe Rough Aunties qui aide les enfants abusés de sa communauté à verbaliser leur honte, leurs peurs. Vous avez peut-être déjà entendu parler de Rebiya Kadeer, mais vous mesurez difficilement toute l’étendue de son idéal. Malraux disait : « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ». En fait, ce qu’il nous faut retenir de cette formule merveilleusement juste et lapidaire, c’est que notre siècle sera conscient ou ne sera pas. Pour moi, cette conscience est absolument liée à notre capacité à chacun, de toucher ce que nous avons de plus noble en nous, et à le mettre en mouvement. Voilà une responsabilité qui nous est parfaitement accessible individuellement, une responsabilité simple, aux répercussions immenses, et dont ce Festival se fait admirablement l’écho. |
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